Le long de la côte de la Baltique, à Kraklè, en Lituanie, Igoris Osnač initie les randonneuses et randonneurs à l’art de trouver de l’ambre. Une journée sur l’une des nombreuses étapes du chemin de randonnée des côtes de la Baltique.
La côte de la Baltique à Kraklè, en Lituanie, est un lieu prisé des chasseuses et chasseurs d’ambre. C’est ici, où la mer dépose du bois flotté et des algues sur la plage de sable et où les mouettes planent dans le ciel, que débute la fascinante quête de l’«or du Nord». Igoris Osnač offre aux personnes intéressées un aperçu unique de l’univers de la chasse à l’ambre lors de randonnées longeant la côte.
Avant le départ, il propose de se rendre au centre de visiteurs du parc régional de Pajūris. Il explique alors que la recherche d’ambre, pour lui, n’est pas qu’un simple métier, mais une vocation profondément enracinée dans son enfance. «Je suis né ici et, enfant déjà, je suis entré en contact avec des chasseurs d’ambre», raconte-til avec une pointe de nostalgie dans la voix. Malgré les affres de la Seconde Guerre mondiale, il s’aventurait en secret sur les plages à la recherche de ces petites pierres dorées.
Porte-bonheur, eau-de-vie et feux d'artifice
L’importance de l’ambre a diminué au fil du temps: «Autrefois, il fallait une licence délivrée par le gouvernement pour ramasser de l’ambre, explique Igoris, mais aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire.» Il s’empare du sceau qu’il porte autour du cou et le montre avec fierté. «Industrie royale de l’ambre», peut-on lire sur la plaquette en métal. «Jadis, l’ambre était prisé pour la fabrication de bijoux. De nos jours, il sert plutôt de porte-bonheur », poursuit-il. Pour beaucoup de gens, l’ambre n’est qu’une simple pierre, mais pour lui, c’est une fenêtre sur le passé. «L’ambre est une résine qui s’est fossilisée au cours de millions d’années», indique-t-il avant de citer les caractéristiques et propriétés fascinantes de ce phénomène naturel unique. De la couleur aux inclusions (éléments piégés dans l’ambre) en passant par la transparence, chaque pierre est une mine d’informations sur la faune et la flore du passé. En effet, l’ambre s’est formé il y a des millions d’années. La mer Baltique était autrefois une zone subtropicale où les conifères produisaient beaucoup de résine, qui s’est fossilisée avec le temps. «Mais aujourd’hui, il n’y a plus de tels arbres; ils ont malheureusement disparu.»
En Lituanie, l’ambre n’est pas une simple pierre précieuse, mais un symbole de protection et de chance. Dans la langue nationale, il est appelé gintaro. «Cela signifie ‹protection d’un territoire›», explique Igoris, évoquant ainsi la grande importance culturelle de l’ambre dans sa région natale. Depuis des siècles, cette pierre est aussi appréciée pour ses nombreuses applications en médecine, en massage et comme antiseptique contre les piqûres de moustiques. Elle est également prisée sous forme d’eau-de-vie.
Pour cela, l’ambre est plongé dans de l’alcool à 40% vol. Igoris offre un petit verre de son eau-de-vie maison. Au goût de résine, le liquide réchauffe la gorge. Rien de surprenant à ce qu’il soit en bonne santé! Pour conclure cette introduction à l’univers de l’ambre, Igoris présente encore un petit tour de magie: il répand de la poudre d’ambre dans sa main gauche, qu’il referme, puis laisse s’écouler la poudre au-dessus de la flamme de son briquet. D’un coup, elle se transforme en un petit feu d’artifice.
L'art de la chasse à l'ambre
«Pour une chasse à l’ambre réussie,
le choix de la plage est décisif», explique
Igoris un peu plus tard, au
moment de partir. «Il faut être attentif
aux signes de la nature.» Les
grandes tempêtes retournent le sol;
la mer rejette ainsi l’ambre avec le
bois flotté et les algues sur le rivage.
La direction du vent joue aussi un
rôle important, tout comme la couleur
des vagues, qui doivent être
sombres, en raison des algues. Attirées
par celles-ci, les mouettes
sont alors nombreuses à se poser
sur les crêtes des vagues, un bon
indice de la présence d’ambre sur
la plage. Igoris cherche donc des
mouettes sur le littoral. «La chasse
à l’ambre n’est pas qu’une question
de chance, elle exige de la patience
et de la persévérance, comme aujourd’hui
», déclare-t-il. En effet, la
mer Baltique était très calme ces
derniers jours.
Mais lorsqu’elle se déchaîne, soit trois à quatre fois par année, Igoris et ses collègues collectent l’ambre à l’aide de filets. «Nous allons dans l’eau la nuit, équipés de lampes frontales, et utilisons des perches avec des filets de différentes tailles, en fonction de la houle.» C’est ainsi qu’ils attrapent les plus grandes pierres. Ils en trouvent environ dix de la taille du poing par année.
La plus grosse prise connue
pesait 891 grammes. Durant sa
longue carrière, Igoris a lui aussi
fait de nombreuses découvertes remarquables.
«On trouve toujours
de nouvelles formes, mais cela n’a
rien de spécial», indique-t-il. Et,
parfois, on découvre tout autre
chose: «Il m’est arrivé de trouver
des billets de banque
que les baigneuses et baigneurs
avaient égarés.»
L'éclat de la pierre
Mais assez de théorie; il est
temps de passer à la pratique. Beaucoup d’algues et de bois flotté jonchent cette plage et, dans l’eau, des mouettes voguent sur les vagues. Les regards des randonneuses et randonneurs se posent attentivement sur les algues à la recherche d’un petit éclat doré. Igoris observe la scène d’un peu plus loin. Le groupe reste toutefois bredouille. Désemparés, les regards se tournent vers Igoris: «N’avons-nous pas de chance aujourd’hui, ou simplement pas assez de patience?» Calmement, il désigne un endroit à 2 mètres de là, où se cache la première pierre dorée parmi le sable et les petits galets. Puis les découvertes s’enchaînent, ambre après ambre. Rapidement, près d’une douzaine de pierres de différentes formes et nuances jaune orangé s’amassent dans les paumes des mains. Les pierres, tenues longuement entre le pouce et l’index, flamboient dans la lumière de la côte Baltique et, en un instant, font plonger chacune et chacun dans le monde fascinant d’Igoris.
- Randonnées: Le chemin de randonnée des côtes de la Baltique fait partie de l’itinéraire de grande randonnée européen E9, qui débute au cap Saint-Vincent, au Portugal. Le chemin de randonnée en forêt qui démarre à Scheveningen, près de La Haye, aux Pays-Bas, fait partie de l’itinéraire E11. Les deux se terminent à Tallinn, en Estonie. Informations complémentaires sur: baltictrails.eu. Randonnées sur les traces de l’ambre avec Igoris Osnač: amberguide.lt
- Période idéale: De mai à septembre. Pour la chasse à l’ambre, il vaut mieux partir à la fin de l’été ou au début de l’automne, lorsque les premières tempêtes apparaissent mais qu’il est encore agréable de se baigner.
- Arrivée/transports: Il faut généralement transiter par les capitales des pays baltes en voiture, en bus ou en avion. Actuellement, il n’existe pas de liaison ferroviaire pratique pour se rendre dans ces pays. Dans quelques années, cela devrait être possible avec Rail Baltic: baltictrails.eu.
- Hébergement: Il est possible de réserver son logement sur les sites Internet officiels des offices du tourisme nationaux (voir ci-dessous) ou via les platesformes en ligne habituelles.
- Informations:
Estonie: visitestonia.com, Lettonie: latvia.travel,
Lituanie: travel.lt
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