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Randonnée à l'étranger

Grande randonnée dans l’Ouest sauvage

Notre rédactrice a parcouru 2000 kilomètres sur le Pacific Northwest Trail. Elle a traversé le nord-ouest des Etats-Unis à l’horizontale, avec sa maison sur le dos. Les couchers de soleil éclatants étaient renversants, la côte sauvage du Pacifique fascinante. C’est toutefois le trailmagic qui l’a le plus enthousiasmée.
10.07.2026 • Texte: Delia Landolt, photos: Nicole SteinmannE
Au cœur de la forêt vierge de l’Olympic National Park: il faut sans cesse grimper par-dessus les arbres ou ramper en dessous.

Nous voulions explorer l’Amérique du Nord à pied et rencontrer des gens qui nous parlent du way of life américain. Passer la nuit sous le ciel étoilé, vagabonder des jours entiers à travers des forêts isolées, monter une fois à l’arrière d’un pick-up. Et c’est exactement ce que nous avons vécu: au sud de la frontière canadienne, le Pacific Northwest Trail nous a conduits en 74 jours de l’Etat du Montana à l’Idaho, connu pour la culture de la pomme de terre, jusqu’à la côte pacifique accidentée du Washington. Nous n’aurions pas pu imaginer l’Ouest plus sauvage et primitif. Il abrite des ours, des pumas et des serpents à sonnette. Les chevaux lourdement chargés piétinent les chemins, les saloons servent des burgers et, aujourd’hui encore, les orpailleurs rêvent d’y faire fortune.

Aussicht

Une immensité que nous n’avons pas en Suisse. Ici depuis un sommet où l’on guettait autrefois les feux de forêt.

Tradition de grande randonnée

Début juillet, mon amie d’enfance Nicole et moi prenons l’avion de Zurich à Seattle, où nous retrouvons notre ami milanais, Fabrizio. S’ensuit un voyage en train de 16 heures vers l’est. Nous referons ce trajet, et bien plus encore, sur le Pacific Northwest Trail pour rejoindre l’océan. Nous avons choisi cet itinéraire, parce qu’il n’est pas trop couru, qu’il est bordé de montagnes (ce dont nous avions besoin en tant que Glaronnaises) et qu’il a la bonne distance pour un visa de trois mois.

A peine partis, nous choisissons nos surnoms de randonnée ou trail names, comme l’exige la tradition américaine de la grande randonnée. Ceux-ci reflètent un trait de caractère personnel, un moment particulier ou un bagage original et visent à créer un sentiment de communauté chez les randonneuses et randonneurs. C’est ainsi que Nicole, la plus rapide d’entre nous, devient Timon, en référence au «Roi lion». Je m’appelle désormais Scratchy, à cause de mes griffures fréquentes aux jambes, tandis que Fabrizio, que nous avons rencontré l’an dernier lors d’une randonnée en Norvège, est baptisé Giulio Verde, en hommage à l’écrivain de romans d’aventures Jules Verne.

Camp im Olympic

Prêts pour le repas du soir répétitif: purée de pommes de terre ou nouilles chinoises. Parfois, les deux ensemble.

Accueil dans une caravane

Au bout de quelques semaines à peine, nous croisons nos premiers trailangels: c’est ainsi que sont surnommées les personnes qui partagent leur maison avec des randonneuses et randonneurs. Nous avons en réalité surtout besoin d’être véhiculés jusqu’au village le plus proche, car nous avons épuisé nos provisions et des courses s’imposent. Un tel réapprovisionnement est prévu tous les quatre à dix jours. Angela, ou Ann de son surnom, responsable d’un camping, nous emmène dans son immense pick-up. Tout juste montés à bord, elle propose de nous héberger dans sa caravane. Et de prendre une douche. Et de manger. Quel bonheur pour l’estomac d’ingérer autre chose que des nouilles chinoises, du beurre de cacahuètes ou des flocons d’avoine avec du lait en poudre!

L’Amérique en une bouchée

Le soir, Ann nous initie à l’art des s’mores autour d’un feu de camp. Difficile de faire plus américain en une bouchée: un sandwich sucré avec du chocolat et du marshmallow grillé coincés entre deux biscuits. Pendant que nous accumulons des calories pour les prochains jours, Ann nous parle du temps où elle était sapeuse-pompière. Des situations délicates «that made my nipples hard». Et de Bigfoot, une créature velue vivant dans la forêt issue des légendes amérindiennes. Ici, dans le Nord-Ouest, tout le monde a une histoire à raconter à son sujet. Pour remercier Ann du divertissement et de l’hospitalité, nous filons à bord de sa voiturette de golf pour aller nettoyer les 15 toilettes sèches du camping.

Voyage au coucher du soleil

Outre les trailangels improvisés comme Ann, il en existe aussi des «officiels» qui offrent leur domicile aux randonneuses et randonneurs. C’est le cas de Marc. Une Cadillac bleu turquoise de 1955 trône dans son garage entièrement équipé, la «caverne des hommes sous stéroïdes». Bien sûr, l’homme au fier mulet gris nous embarque pour une virée au soleil couchant. Un moment riche en émotions. Pour la première fois après 60 jours de randonnée, nous sommes au bord d’un des bras de mer du Pacifique. Au loin, les silhouettes noires des îles se détachent du fond rouge orangé vif. Il ne reste plus que 14 jours avant la fin de la randonnée.

Trailangel Marc_Cevrolet

En plus de nous héberger pour la nuit, le trailangel Marc nous emmène aussi admirer le coucher de soleil au Puget Sound.

Nouvelle dynamique jusqu’au cap Alava

Le jour du trajet en Cadillac, Elliot «Beats», un Américain, nous rejoint. «Camp here?», plaisante le randonneur nonchalant dès que nous passons à un bel endroit. Deux jours plus tard, nous rencontrons Ben «Mash» d’Angleterre devant un kiosque. Bien que notre objectif partagé de rallier l’océan Pacifique, ainsi qu’un appétit sans fin (la hiker hunger), soit peut-être notre seul point commun, une nouvelle dynamique fascinante se développe. Les autres interlocuteurs et thèmes abordés ainsi que la nouvelle répartition des rôles insufflent une nouvelle énergie à notre constellation.

Plus la fin approche, moins nous voulons nous arrêter. Même s’il fait déjà nuit et que nous sommes épuisés, nous restons éveillés pour passer encore un peu de temps ensemble. Ben publie sur Instagram: «Si les gens s’asseyaient dehors tous les soirs et regardaient le ciel étoilé, je parie qu’ils vivraient autrement.»

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LA RANDONNÉE 4/2026

Dernier numéro

Campspot im abgebrannten Wald

Entourés de «faiseurs de veuves»: sans avertissement préalable, ces arbres brûlés peuvent tomber. Ce n’est pas l’emplacement le plus sûr, mais on ne peut pas être difficile sur le trail.

Ils danseraient toute la nuit, en pantalons de pluie, sandales et t-shirts de randonnée, décontractés et insouciants, puis retourneraient à leur hôtel, en titubant et en se soutenant mutuellement.

Fatigués, nous essuyons nos larmes. Les émotions se sont mêlées à quelques gin tonics. C’est le dernier soir de notre voyage. Le retour à la civilisation.

Partis à trois, nous arrivons à destination à cinq. Les adieux sont plus douloureux que les ampoules aux orteils, car l’amitié est devenue plus épaisse que la corne de nos pieds.

Le pouvoir de la musique

Pendant 74 jours, nous avons lutté avec le lourd sac à dos, la chaleur torride, les pensées qui tournent en rond et la motivation qui s’évapore parfois sur les routes forestières monotones. Nous avons aussi été aux prises avec l’idée de cette expérience sociale presque impossible. Nous n’avions pas toujours les mêmes conceptions de cette aventure, nous cherchions des compromis, parfois un peu de distance.

Seestern Wilderness Coast

A marée basse, le Pacifique expose ses habitantes et habitants aux regards curieux. Mais attention à ne pas se faire rattraper par l’eau en admirant l’étoile de mer un peu trop longtemps.

Souvent, c’était la musique qui resserrait nos liens. Nous avons chanté «That’s my life» à tue-tête dans les vastes étendues sauvages, comme si nous étions un orchestre. Fabrizio s’est exercé au chant lyrique, Nicole et moi avons interprété Patent Ochsner.

En pleine réflexion sur notre trio, j’ai écrit dans mon journal: «Qu’est-ce qui fait une bonne amitié? Le fait de croire les uns en les autres, de s’entraider et de pouvoir ainsi aller plus loin qu’on ne l’aurait jamais pensé.»

Moments magiques

Les personnes comme Ann, Marc, Elliot ou Ben, rencontrées sur le chemin et en bordure de celui-ci, font la singularité de chaque grande randonnée. Nous appelons ça la trailmagic. Découvrir un pays aussi lentement laisse toujours du temps pour les surprises. «The trail provides» est l’une des phrases prêchées par les thru-hikers, ces grands randonneuses et randonneurs qui effectuent l’itinéraire d’une seule traite, car ils constatent régulièrement que le chemin fournit ce dont on a le plus besoin. Cela peut être de l’eau ou une possibilité de covoiturage, mais aussi simplement une bonne conversation ou une nouvelle connaissance.

Tramply Olympic Nationalpark

Quelqu’un a toujours faim. De gauche à droite: Elliot, Fabrizio, Nicole, Delia et Ben.

Bon à savoir

Longueur: 2000 kilomètres

Dénivelé: 60 000 mètres

Sens recommandé: D’est en ouest

Accès: En avion jusqu’à Seattle, puis en train et en autostop jusqu’au Glacier National Park, Montana

Période: A partir de la mi-juin

Durée: 3 mois

Camping: Camping sauvage généralement autorisé; dans les parcs nationaux uniquement dans les campings autorisés, réservation indispensable

Budget: environ 4000 francs

Conseil de lecture: Tim Youngblood, «Pacific Northwest Trail Digest 2022» (en anglais)

App: FarOut

Plus d’informations: pnt.org

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